Depuis deux mois nous accompagnons une personne dont le grand-père et l’arrière-arrière-grand père étaient des photographes avertis qui ont laissé à leur descendance un placard entier de négatifs sur verre et sur support souple. Ce travail de longue haleine consiste à :

  • réaliser un inventaire sommaire des photographies (nous sommes en cela bien aidé par le grand père, homme très méticuleux qui avait numéroté et répertorié tous ses négatifs).
  • dépoussiérer les négatifs;
  • numériser les images qui nous semblent les plus intéressantes d’un point de vue documentaire et historique;
  • entreprendre des démarches auprès des archives départementales pour qu’ils acceptent de prendre le fond en dépôt afin qu’il soit stocké dans de bonnes conditions.

Nous ne manquerons pas de partager avec vous sur ce blog les petites perles photographiques rencontrées lors de cette quête, mais d’ores et déjà, je voudrais vous faire part d’une petite réflexion qui m’est venue à un moment de lassitude alors que je me désolais du manque d’imagination du grand père qui, en bon bourgeois conventionnel du tournant du 20ème siècle, s’échinait à photographier des sites touristiques qui ont peu ou quasiment pas changés depuis plus d’un siècle et ont été mitraillés par les innombrables touristes qui sont passés avant et après lui. Donc, quelle belle surprise de tomber sur cette image où l’on voit un mur tout ce qu’il y a de plus banal à Paris recouvert d’affiches !

Intrigué par ce cliché un peu « hors norme », je consulte le carnet où sont répertoriés les négatifs et y trouve la légende suivante « essai ». Il n’a donc photographié ce mur que pour faire un essai technique, saisissant ainsi ce qu’il avait « sous l’œil ». Cette légende dit bien le peu d’intérêt à ses yeux du contenu de l’image alors que pour nous, avec le recul d’un siècle, elle est beaucoup plus riche que les centaines de photographies touristiques citées précédemment. En effet,  elle garde la trace de sujets éphémères (les affiches) et d’un genre graphique qui a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. De plus cette image nous renseigne sur la manière dont ces  publicités étaient affichées dans l’espace public et on comprend mieux le besoin de légiférer qui a abouti à ces fameux textes de loi que l’on retrouve parfois sur les murs de nos cités qui interdisent l’affichage sauvage.

La photographie trouve toute sa force dans sa capacité à saisir et conserver un moment du temps qui passe et, d’un point de vue documentaire, elle n’est jamais aussi forte que quand elle se tourne vers des sujets amenés à disparaître à courte échéance et peu valorisés par ses contemporains… hélas peu de photographes amateurs en ont conscience !